S'il y a un mariage ancien et réussi en France, c’est celui
de la culture et de l’État ! Les images vous viennent en gerbe : Louis XIV et
Molière, la Révolution et le Louvre, l’Empire et l’opéra, Malraux et les
Maisons de la culture… Les artistes s’intéressent à la vie politique et on
apprécie qu’un chef d’État aime la littérature. C’est une singularité que ne
partagent pas nos voisins mais qui est bien ancrée chez nous. Mais voilà ! Ce
mariage va-t-il se prolonger ? Les budgets publics se rapetissent, à cause de
la crise. Et la mondialisation met en lumière un autre modèle de politique
culturelle où l’État s’efface devant le mécénat et les acteurs privés. Alors,
ce qu’on appelle « l’exception culturelle » française est-elle en panne ?
L’apport global de l’État est estimé à 7,5 milliards
d’euros, provenant principalement du ministère de la Culture et accessoirement
de ceux de l’Éducation nationale et des Affaires étrangères. Et, à présent, les
subventions culturelles des collectivités territoriales (Régions, départements
et communes) représentent presque l’équivalent. À titre de comparaison, on
évalue l’apport global du mécénat privé à 0,26 milliard. La culture est donc
principalement financée par l’État et les collectivités locales. Mais la crise
économique, depuis 2008, est passée par là : les budgets publics sont enserrés
dans de fortes contraintes ; la dépense culturelle est une des premières à être
rognée. Là où elle n’est pas réduite, elle ne progresse pas. Alors comment
faire ? Les grandes institutions
culturelles, que ce soit les opéras de Paris, de Bordeaux, de Lyon, les musées
nationaux, les théâtres publics voient leurs subventions stagner tandis que leurs
coûts augmentent très vite. Tous se sont engagés dans la recherche de crédits
privés : le mécénat permet à des entreprises de financer leurs activités en
bénéficiant de crédits d’impôts ; les ressources propres (vente de billets
d’entrée, activités annexes comme la restauration, la vente d’objets siglés,
les « boutiques »…). L’Opéra national de Bordeaux a réuni les soutiens des
banques régionales, du casino, de Safran, Thalès, Veolia… et aussi des grands
vignobles tels Haut-Brion ou Château Pichon, qui marquent leur intérêt pour la
valorisation de l’image de Bordeaux.